Jacques Hilleret revient d'Algérie pour épouser Anne, veuve de M. Tissier, et, en passant à Paris, il s'y est arrêté quelques heures, afin de voir son ami.
- Mon premier mouvement avait été de maudire l'ennuyeux visiteur qui m'enlevait à mon travail. Mais c'est toi! Et il n'y a plus de travail pour moi en ce moment!
Il repousse les papiers, les instruments et les fioles, et, appuyant son coude sur la table, il s'installe en face de Jacques, qu'il a fait asseoir.
- Je t'arrive au débotté, dit celui-ci; tu me donneras à déjeuner, et je repars ce soir pour Poitiers.
- Où tu porteras toutes mes amitiés à tous, n'est-ce pas? Je ne sais quand il me sera possible d'y aller, et pourtant j'en forme le projet. Mais je suis retenu ici par plusieurs malades gravement atteints et surtout un enfant auquel je dois faire, ces jours-ci, une opération difficile. Lorsque tu as frappé à ma porte, j'ai cru que sa mère venait encore me relancer. La pauvre femme est comme affolée par la pensée de cette opération; elle ne me laisse pas un jour de repos et vient à tout instant me consulter pour son fils.
- Qu'a-t-il donc?
Robert secoua la tête.
- Une infirmité dont nous arriverons, j'espère, à le délivrer. Malheureusement, c'est de plus en enfant chétif, malingre et nerveux, comme nous en envoyons en quantité dans les grands centres et surtout dans certains milieux, où la vie s'écoule comme dans une serre chaude.
- Pauvre mère! dit Jacques avec compassion.
- Sans doute: pauvre mère! repartit Robert en riant. Tu peux bien ajouter: pauvre docteur! aussi; car Mme d'Ambleuse abuse de ma patience!