La nouvelle du mariage d'Anne avec un autre que le docteur a apporté dans sons esprit une impression joyeuse, dont elle jouit inconsciemment, mais dont la vieille dame expérimentée se rend compte.

CHAPITRE XXV

- Entrez!

Ce mot répond à un coup hardi et ferme frappé à la porte du cabinet de Robert. Celui-ci, entouré de livres, de fioles, d'instruments de chirurgie et de papiers couverts de notes, lève la tête avec une expression de contrariété visible.

- Du diable! Si c'est encore Mme d'Ambleuse, je l'éconduis moins civilement cette fois!

Mais ce n'est point une main de femme qui ouvre la porte, et la façon même dont on avait frappé eût dû éclairer le docteur s'il n'eût eu l'esprit préoccupé malgré lui de celle dont il maudissait l'importunité, tout en la plaignant du fond du coeur. Son visage s'éclaire subitement, et il se jette dans les bras du nouvel arrivant.

- Enfin, te voilà! Sais-tu qu'on t'attend avec impatience!

- Qui cela?

- Tous et surtout toutes, à Poitiers. Anne fait des projets de bonheur; ma mère se réjouit de te voir te fixer près d'elle, et il n'y a pas jusqu'à ta petite Rose de Bengale qui n'ait été ravie d'apprendre ton mariage avec son amie. Quant à moi, ai-je besoin de te dire combien je suis heureux de ton retour définitif en France?

Le jeune homme auquel s'adressent ces effusions a bien changé depuis le jour où Robert l'a rencontré, un soir, dans les rues de Poitiers. Son teint a bruni au soleil d'Afrique, et toute sa physionomie a pris une expression martiale, qui ne déplaît pas sur ce joli visage, autrefois un peu trop efféminé.