- On rencontre tant de misères dans notre profession!
- Et tu donnes sans compter! Et on en abuse! Car quelle est la charité dont il ne se trouve quelqu'un pour abuser? C'est très bon et très bien de donner aux pauvres l'argent que les riches te donnent en retour de tes soins; mais, mon ami, permets-moi de te faire la morale…
- Très volontiers! dit Robert en l'interrompant et en croisant les bras pour écouter gravement.
- Il faut songer aussi à te créer un intérieur et à retenir pour cela un peu de cette fortune qui coule entre tes mains.
Robert leva les épaules.
- Bah! un intérieur; j'en ai un dont le luxe est bien suffisant pour un vieux garçon travailleurs.
- Tu ne resteras pas éternellement vieux garçon!
- Je pense que si, dit Robert avec calme.
- Bah! reprit Jacques avec étonnement.
- Je travaille tant, que je n'aurais pas le temps de m'occuper de ma femme, dit le docteur, sans paraître remarquer cet étonnement. Quant à ma mère, sois tranquille, je prélève sur mes revenus ce qu'il lui faut avant d'abandonner le reste aux infortunes qui se le disputent. Enfin, Sarah, à laquelle je penserais certainement si elle en avait besoin, est riche, grâce à l'avarice de son grand-père, plus riche même qu'il n'est nécessaire, et elle se met souvent de moitié dans les bonnes oeuvres de ta fiancée.