Les larmes roulèrent sur le visage du nouveau, larmes de rage plus encore que de souffrance, car il sentait à peine les coups, tant il était en proie à une sorte de désespoir. Sa tête, fine et douce comme une tête d'ange, se rejetait en arrière pour dominer ses persécuteurs et ses yeux avaient à travers leurs larmes des éclairs de fureur contrastant avec les lignes pures et encore enfantines de son visage.

Ayant suivi cette scène des yeux, Robert n'y tint plus. Il se précipita avec indignation au milieu du groupe, le dispersa par quelques coups habilement distribués et se campant fièrement devant Jacques, il regarda les petits bourreaux terrifiés en s'écriant:

- Le premier qui lui [sic] touchera aura les oreilles tirées de façon à rester privé à jamais de cet ornement naturel et précieux!

Puis se tournant vers son protégé, il le toisa du regard:

- Et toi, il faut te défendre. Dégourdis-toi! Tu ne peux pas rester toute ta vie comme une poule mouillée et te laisser plumer par de petits vauriens sans coeur!

La taille élevée de Robert, son ton froid, ses traits fortement accentués et une teinte bleuâtre qui marquait déjà comme un collier autour du visage la place de la barbe lui donnaient presque l'apparence d'un homme. Ses yeux graves considéraient Jacques tremblant devant lui.

Tu ressembles à une petite demoiselle, dit-il.

Son visage s'illumina subitement d'un sourire protecteur; les yeux de Jacques, encore humides de larmes, reflétèrent ce sourire et le regardèrent avec une confiante reconnaissance.

- Comment t'appelles-tu?

- Jacques Hilleret.