La visite fut courte. Il suffit de peu d'instants à Robert pour constater que l'état maladif de Sarah était dû au régime parcimonieux du vieux marchand. Ce dernier écouta en gémissant la recommandation de donner à l'enfant une nourriture fortifiante (cela était, affirma-t-il, au-dessus de ses moyens!). Quand aux remèdes inscrits sur l'ordonnance, il frémit en les lisant et murmura avec humeur:

- M'est avis que ces drogues-là lui abîmeront l'estomac et mettront ma bourse à sec!

- L'enfant a une vie sédentaire et paraît étiolée, dit Robert.

Etiolée! étiolée! grommela Nicolas. Qu'entendez-vous par là?

- Elle n'a pas assez de mouvement et d'air.

- Va-t-il pas falloir lui acheter un château et un parc pour fournir le grand air à cette demoiselle? demanda l'avare en jetant un mauvais regard vers Sarah.

- Ce serait certainement beaucoup mieux, répondit le docteur en souriant, et le séjour de la campagne lui donnerait bien vite des forces.

Le marchand leva les épaules.

- Mais on a l'air à meilleur marché, Dieu merci! reprit Robert. La Providence le dispense largement autour de nous. Il suffit d'aller le chercher ailleurs que dans cette petite chambre ou dans votre magasin, où il est obstrué par l'entassement de vos richesses.

Le jeune homme semblait prendre plaisir à taquiner la monomanie qu'avait Nicolas de se faire passer pour pauvre.