Nicolas leva les épaules.
- Sottises! Rien n'est menteur comme ces visages de grands seigneurs!
- C'est donc un grand seigneur?
A vrai dire, Sarah ne se rendait pas un compte exact de ce que signifiait cette expression. Ne causant guère avec personne, si ce n'est parfois avec son grand-père, la pauvre enfant ignorait la signification d'un grand nombre de mots. Le vieux marchand la regarda avec des yeux dans lesquels brillait une haineuse colère.
- Oui, oui, grand seigneur! Il s'en vantait et regrettait son mariage. Mais aujourd'hui, il est bien au-dessous de ceux qu'il méprisait alors.
- Où est-il?
- Assez! Interrompit brusquement Nicolas, mettant fin à cet interrogatoire. Cet homme n'a jamais existé pour toi. Ne t'en occupe plus. J'ai déjà trop complaisamment répondu à tes questions. Va veiller à ton dîner.
Sarah n'osa répliquer; le ton et le regard de son grand-père l'effrayaient. Elle se dirigea vers le réchaud sur lequel chauffait la maigre pitance qui devait composer leur repas et l'examina soigneusement, comme s'il se fût agi d'un mets délicat confié à son talent culinaire.
A cet instant, Jacques entra, venant faire ses adieux au propriétaire de la maison.
- Où est Sarah? demanda-t-il, voulant revoir l'enfant avant son départ.