- Je vous en prie, grand-père, dites-le-moi?
- Le sais-je? Il y a comme cela tant d'autres peintures dans le magasin!
Sarah eut une sorte d'intuition qu'il ne disait pas la vérité en prétendant ignorer ce qu'elle désirait savoir. Elle reprit:
- Vous paraissez le connaître, et, si c'était un portrait à vendre, vous le mettriez en évidence. On vous l'achèterait. Cela me semble aussi joli que ceux que vous vendez tous les jours bien chers. Pourquoi n'en tirez-vous pas de l'argent?
Elle connaissait bien son aïeul, et le seul fait de garder inutilement cette peinture, sans chercher à s'en défaire avantageusement, lui faisait soupçonner quelque mystère.
Son insinuation parut frapper le vieillard, cette idée de gain le faisant réfléchir. Il prit le portrait et le regarda avec hésitation; mais il le laissa retomber en disant:
- C'est un misérable!
- Comment se nomme-t-il?
- Tu ne le sauras jamais, j'espère! Notre malheur a été de l'avoir connu.
- Il a pourtant une jolie figure, dit Sarah timidement, n'osant contredire ouvertement son grand-père et baissant les yeux vers la peinture, qui, du fond de la malle ouverte, la regardait en souriant.