«Où te sens-tu mal?

—Nulle part, mon parrain; seulement j'ai rêvé…

—Ne parle pas,» dit le bon docteur, qui saisit la main de sa vieille amie et murmura: «Nous le sauverons.»

Gaston se rendort, calme et heureux. Plus de rêves, plus de cauchemars effrayants, plus de cris désordonnés, plus de cercle de feu autour du front. Il ne peut mourir à présent que ses amis l'entourent, et que la grande horloge remplit la maison de son tic-tac familier.

Combien de temps dormit l'enfant? il ne le sut que plus tard. Toujours est-il qu'il se réveilla peu à peu, ouvrit les yeux et sourit aux personnages des tapisseries qui ornaient les murs de la chambre de sa tante, et qu'il connaissait si bien. Il tourna doucement la tête vers la croisée. Mademoiselle, assise dans son grand fauteuil, cousait; Catherine tricotait. Catherine, elle était toujours la même; mais Mademoiselle, comme ses cheveux, si noirs autrefois, étaient devenus blancs, comme son visage si frais était devenu pâle, comme ses yeux jadis si limpides, si brillants, semblaient fatigués! Une larme humecta les paupières de Gaston à la vue de ces tristes changements. Il allait parler lorsque la petite fille qu'il avait vue dans le jardin apparut à l'improviste. Catherine se leva, ouvrit de grands yeux et posa un doigt sur ses lèvres. L'enfant s'arrêta interdite, et s'avança sur la pointe des pieds, regardant vers le lit du malade.

«Il dort donc toujours, M. Gaston? demanda la petite fille.

—Oui, répondit Mademoiselle, aussi ne faut-il pas faire de bruit.

—Pourquoi est-il revenu si mal habillé? Il m'a fait peur.

—Je te l'ai déjà dit; c'est parce qu'il était pauvre, répondit
Mademoiselle, dont les yeux devinrent humides.

—Pourquoi ne se lève-t-il pas pour jouer avec moi?