—Parce qu'il est encore trop faible, mademoiselle Aimée, dit Catherine à son tour.
—Mais puisque grand-père prétend qu'il est guéri! Se lèvera-t-il demain?
—Peut-être, si vous êtes sage et si vous ne troublez pas son sommeil.
Allez jouer, ma mignonne, et fermez les portes sans bruit.»
Gaston suivit des yeux la petite fille, qui, tout en se retirant, regardait de son côté; au moment de disparaître, elle lui fit une belle révérence. L'enfant se souleva, ses bras s'étendirent.
«Ma tante, Catherine, s'écria-t-il, je voudrais vous embrasser.
Les deux femmes vinrent tomber à genoux auprès du lit. Comme il les enlaça de ses bras faibles, comme ses lèvres pâles prodiguèrent les baisers! comme ils pleuraient tous trois avec entrain, de joie bien entendu! et Dieu, qu'on bénissait, emplit soudain la petite chambre des rayons de son beau soleil.
«Assez, dit une voix forte, pas d'émotion violente! Le progrès doit apprendre à l'homme à dompter…»
Le bon docteur ne put achever; attendri comme s'il eût vu la réalisation de l'une de ses utopies, il pleura lorsque son filleul lui entoura le cou de ses bras amaigris.
Huit jours plus tard, Gaston convalescent descendit dans la salle à manger, précédé par Aimée, soutenu par sa tante et suivi par Catherine. On l'établit près de l'horloge, selon son désir. Peu à peu, il raconta sa lamentable histoire, et Dieu sait les flots de larmes qu'il fit couler. De son côté, il apprit que son parrain avait entrepris cinq fois le voyage d'Alsace pour le chercher, et que Catherine avait erré durant huit jours au milieu des rues de Paris, dans l'espoir de le rencontrer. Tout en écoutant, Gaston baisait les beaux cheveux de sa tante, ces cheveux que la douleur causée par sa perte avait blanchis.