—Parce qu'elle a un mari,» reprit Gaston.
Les paupières d'Hélène s'abaissèrent avec lenteur et sa langue humecta ses lèvres. Elle avait à chaque instant de ces gestes, de ces regards qui faisaient rêver en elle une folle et ardente maîtresse.
Un domestique lui remit une carte.
«J'y vais, dit-elle. Sans vous, continua-t-elle en s'adressant à son mari, je serais partie depuis un quart d'heure.
—Il m'arrive si rarement de vous mettre en retard, que je regrette votre peu d'indulgence. Pourrai-je vous voir ce soir?
—Sans doute; c'est-à-dire non, je dîne en ville.
—Mais vous rentrerez, je suppose?
—Si je ne suis pas trop fatiguée, je vous ferai prévenir.»
Gaston baisa la main de sa femme, se retira soucieux, et se promena longtemps de long en large. Il sentait l'indifférence envahir son cœur, et il voulait tenter un effort suprême pour ramener la marquise à lui. Le soir même, nonchalamment étendue sur une dormeuse, Hélène dut l'écouter. Il se mit à genoux près d'elle, lui prit la main, raconta les souffrances qu'il endurait, tenta de lui faire comprendre le néant de l'existence à laquelle elle se condamnait, et lui peignit, en traits éloquents, la félicité dont ils pourraient jouir en vivant l'un pour l'autre, puisque le sort les avait liés pour l'éternité. Il proposa d'aller passer à la Mésangerie un mois ou deux, afin de retremper leur amour à sa source, puis de renoncer à Paris ou du moins à la vie mondaine. Hélène l'interrompit en haussant les épaules avec dédain.
«Savez-vous, dit-elle, que vous devenez ridicule?»