—L'artiste bourra sa pipe, et, nonchalamment étendu, se mit à réfléchir. La pendule sonna quatre heures. Bouchot tressaillit et se leva comme frappé d'une idée subite.

«Ma foi, oui, dit-il; risquons tout; dans une heure, elle recevra ses intimes; en avant la grosse cavalerie!»

Il s'habilla tandis qu'on allait lui chercher une voiture, et à cinq heures il pénétrait dans le petit salon de Mme de La Taillade.

La lumière discrète de deux lampes, aux abat-jour roses, éclairait la jolie femme qui, les pieds sur un coussin, à demi couchée sur une causeuse, examinait une gravure de mode. À sa portée, une petite table à ouvrage était couverte de broderies, de rubans, de soie aux couleurs vives; un peu plus loin, sur un bureau encombré de boîtes à bonbons et d'albums, un énorme bouquet de roses s'épanouissait au-dessus d'un vase de la Chine.

«Comment, monsieur des Étrivières, cette nuit à mon bal et ce soir à ma petite réception? dit la marquise, qui tourna sa tête fine vers l'artiste, vous me gâtez! Mais, j'y songe, vous venez peut-être me faire vos adieux? ajouta-t-elle d'un ton légèrement ironique.

—Diable, pensa Bouchot, c'est quelque chose que d'être dans la place; j'avais oublié que je suis à l'index. Vous avez deviné, madame, reprit-il tout haut, je viens en effet vous dire adieu.

—Et vous serez longtemps absent?

—C'est vous qui avez décrété mon exil, madame; c'est donc à vous de répondre pour moi.»

La marquise cessa de sourire, ses yeux se baissèrent devant le regard de Bouchot, et sa main joua fébrilement avec les perles d'un collier qui retombait jusque sur sa poitrine.

«Je n'ai jamais été assez heureux pour vous plaire, reprit l'artiste, rompant le premier le silence qui avait suivi ses dernières paroles; je vous jure cependant que je suis de vos amis.