—Non, je le jure sur mon honneur, s'écria Bouchot, et le connaissez-vous donc si peu! C'est à son insu, en mon nom seul, que je suis ici, que je vous supplie de m'entendre. Gaston et moi, madame, nous sommes unis par des liens que vous ne pouvez ignorer; nous avons souffert ensemble du froid et de la faim; les blessures de son cœur font saigner le mien. Vous êtes belle, vous ne pouvez qu'être bonne, et c'est à genoux, s'il le faut, que je vous demanderai le bonheur de mon ami.»
Emporté par l'émotion, Bouchot, la voix tremblante, parla longtemps. Il cherchait à faire vibrer l'âme dans ce beau corps immobile devant lui, et il s'étonnait de l'impassibilité de la marquise alors que lui-même ne pouvait s'empêcher de pleurer.
«Que voulez-vous donc, s'écria enfin la jeune femme, est-ce ma faute, à moi, si votre ami n'est pas heureux? Je lui ai donné la fortune… il lui plaît de vivre à l'écart, est-ce que je l'ennuie de mes plaintes? Dois-je, pour vous complaire, à vous et à lui, me transformer en bourgeoise, vendre mes chevaux, mon hôtel, habiter un cinquième, renoncer à mes amis?
—Rien de tout cela, madame, répondit Bouchot avec vivacité; votre luxe est un cadre duquel Gaston moins que personne voudrait vous voir descendre; mais quelle part donnez-vous à l'âme dans votre vie si vide et pourtant si occupée?… Si vous consentiez à m'accepter pour conseiller…
—Vous ne croyez donc pas au proverbe qui prétend qu'entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doigt?
—Si, répondit Bouchot; seulement, que m'importe d'être broyé, si je réussis à vous rapprocher de Gaston!
—Je veux bien être patiente et vous écouter jusqu'au bout, dit la jeune femme, qui se renversa de nouveau sur son fauteuil.
—Comme première mesure, madame, refusez votre porte à M. de
Champlâtreux.»
Les sourcils de la marquise se froncèrent; son teint se couvrit d'une légère rougeur.
«Votre insistance à ramener ce nom m'outrage, dit-elle, êtes-vous donc l'ennemi de celui qui le porte?