La jeune femme se rassit avec lenteur; son sein agité se soulevait par saccades.
«Et que disent mes amis? demanda-t-elle avec une indifférence affectée.
—Ils disent, madame, qu'une personne jeune, séduisante comme vous l'êtes, a besoin de s'assurer que son miroir ne ment pas; que, sans penser à mal, elle met le feu à quelques cervelles, mais…
—Achevez donc, monsieur des Étrivières, dit froidement la marquise dont la main saisit un cordon de sonnette.
—Mais qu'une femme de votre esprit et de votre rang ne peut aimer un misérable comme M. de Champlâtreux.»
La sonnette résonna, Bouchot se dirigea vers la porte.
«Du bois, Joseph, dit-il au domestique qui se présenta, madame a froid. Ouf! pensa-t-il, ça chauffe, pourvu que la chaudière n'éclate pas trop tôt.»
Hélène avait fermé les yeux; le temps employé par le valet de chambre à garnir le foyer lui permit de retrouver son calme; le domestique disparaissait à peine que Bouchot reprenait la parole.
«Je vous ferai mes adieux tout à l'heure, madame, dit l'artiste d'un ton pénétré; mais encore une fois ne voyez en moi qu'un homme dévoué qui, au risque de vous déplaire, se jette entre vous et l'abîme où vous allez tomber. On vous calomnie, s'empressa d'ajouter l'artiste à un mouvement d'épaules de la marquise, je n'en doute pas, et pourtant, demain, après-demain, l'esprit prévenu, Gaston peut provoquer M. de Champlâtreux en duel, et je ne veux pas qu'on me tue mon ami.
—Avouez donc que vous venez plaider en son nom? dit la jeune femme d'un ton dédaigneux.