«Elle y est restée trois semaines, continua Gaston; aussitôt qu'elle nous a su hors de danger, elle est partie pour Paris.

—Ne jugeons pas à la hâte. Elle doit être blessée: car enfin tu l'as accusée à tort, et elle attend sans doute…»

Le marquis tendit un journal à son ami; on y parlait d'une fête officielle où la marquise avait brillé.

«Décidément, elle n'a pas de cœur, s'écria l'artiste indigné; tu as tort de t'occuper d'elle.

—Je dois la mépriser?

—Oublie-la, elle ne mérite rien de plus.

—C'est fait.» dit Gaston, qui secoua la tête et se leva.

Prenant alors le bras de l'artiste, il l'entraîna dans le jardin.

Trois semaines s'écoulèrent encore; de temps à autre, Bouchot parlait de retourner à Paris; mais il se laissait convaincre sans peine qu'un séjour de quarante-huit heures de plus à Houdan achèverait de le fortifier. Il avait commencé le portrait de Mademoiselle et d'Aimée dans l'espoir de les terminer assez tôt pour le Salon. Le Salon allait ouvrir, et les portraits étaient loin d'être achevés.

Une après-midi que Gaston travaillait dans sa chambre, l'artiste prit une canne et gagna la campagne. Il semblait préoccupé et marcha jusqu'à l'entrée d'un bois, où il s'assit. L'air était doux, le soleil radieux, les arbres commençaient à verdir, un vent léger courbait les moissons vertes. Bouchot contempla longtemps le paysage qui se déroulait devant lui; puis son regard s'arrêta sur la vieille tour que Gaston lui avait si souvent décrite.