—Il me ramènera, répéta machinalement Gaston.
—Oui, sans doute; tu peux bien me mettre dans la confidence, il aime notre petite Aimée, n'est-ce pas?»
Gaston dut faire un effort suprême pour cacher son trouble.
«Oui, répondit-il; mais elle?
—Je puis te confier l'autre moitié du secret; tu ne la trahiras pas: elle aussi, l'aime. Quand je songe que, pendant dix années, c'est toi que j'ai rêvé comme mari de ma chère Aimée. Dieu, les beaux châteaux en Espagne que je construisais, dans ce temps-là! Un jour, tu as soufflé dessus, il n'en a pas fallu davantage pour les détruire de fond en comble. J'en ai pleuré, car cette union… Mais à quoi bon rappeler un passé irrémédiable? Voyons, est-ce que cela ne te fait pas plaisir de songer que ton ami se charge du bonheur d'Aimée?
—Allons, pensa Gaston qui fit quelques pas; comme le gladiateur antique, sachons sourire avec une blessure mortelle au cœur.
—Où vas-tu? demanda Mademoiselle avec vivacité.
—Appeler Bouchot et lui apprendre que son amour est partagé.
—Reste, s'il te plaît; tu sembles oublier que c'est un secret que je t'ai confié. Laisse agir ton ami, c'est à lui qu'il appartient de porter le premier la parole, et son habit noir d'hier trahissait des intentions qui se révéleront probablement aujourd'hui. Tout ce que je te permets, c'est de l'encourager au besoin.»
Gaston se rassit; il parut oublier la présence de sa tante.