La nuit venait rapidement, froide, sombre, sans étoiles. La bise malicieuse tourbillonnait autour du pesant véhicule, puis s'engouffrait soudain sous la capote et couvrait les voyageurs de poussière. Le cocher faisait pétiller la mèche de son fouet au long manche, ou embouchait une petite trompette dont les sons criards disaient aux rouliers de se garer. Les chevaux, à l'approche du relais, redoublaient d'ardeur, et Gaston se croyait emporté dans un de ces chars merveilleux qui, dans les contes de sa vieille bonne, surgissent du sol sous la baguette d'une fée. Des lumières apparurent dans la plaine, se voilant pour se montrer de nouveau agrandies et multipliées.
«Est-ce Paris? demanda Gaston.
—Pas encore, répondit Alexis, qui sourit de la naïveté de son fils.»
La diligence roula entre deux rangées de maisons pour s'arrêter devant une immense porte cochère au-dessus de laquelle un cheval blanc se cabrait sur un fond jaune. A travers les vitres d'une fenêtre, on apercevait des charretiers enveloppés de limousines, pressés autour d'une cheminée au centre de laquelle flambait un fagot. On parlait de chemin de fer dans cette réunion, mais pour en rire avec ce ton gouailleur qui fait de nous le peuple spirituel par excellence… à notre dire, du moins.
«Monsieur, dit Gaston à son père qui profitait de ce repos pour bourrer sa pipe, je veux retourner à Houdan.
—Sans avoir vu Paris? tu n'y songes pas. Et la poudre, et le canon?
Veux-tu boire quelque chose?
—J'aime mieux retourner chez ma tante.
—Il faut attendre à demain…
—En finirez-vous! cria le conducteur aux palefreniers; nous sommes en retard, sans que ça paraisse.
—Patience, nous y voilà. Lâche tout, l'Enrhumé. En route!»