Il se pencha vers elle et la releva.

Alors, d'une voix émue, souvent coupée par un sanglot, la jeune femme, s'accusant avec sincérité, raconta sa vie depuis qu'elle habitait seule sa riche demeure et qu'on ne se croyait plus obligé de la respecter. En terminant cette douloureuse confidence, elle réclama de nouveau l'aide et la protection de son mari.

«Ah! pensa Gaston, le hasard, c'est le doigt de Dieu; le devoir m'attendait ici.»

Puis, s'inclinant vers Hélène, il lui baisa la main.

«Ne parlons plus du passé, dit-il; ma vie vous appartient, Hélène; tâchons de nous mieux comprendre et nous pourrons encore être heureux.»

XII

APRÈS L'ORAGE.

C'est l'hiver, la neige tombe, les portes sont closes, il est quatre heures du soir et il fait presque nuit. Dans le salon de la petite maison de Houdan, le docteur et M. de Champlâtreux jouent aux échecs. Graves, silencieux, ils méditent les coups. Près de la vaste cheminée où le bois flambe en pétillant, Mademoiselle tricote, assise dans son grand fauteuil. Près d'elle, tout près d'elle, Aimée, un peu pâle, oublie de pousser l'aiguille plantée dans sa broderie. Aucun bruit au dehors; le petit chasseur, toujours en vedette sur la crête du toit, oscille à peine et semble regarder au loin, comme s'il attendait un ami.

Les deux joueurs sortent soudain de leur mutisme; un coup douteux s'est présenté. Mademoiselle relève la tête, les regarde et les écoute. Ses cheveux sont blancs, blancs comme la neige qui couvre la terre et les arbres. Son visage a quelques rides légères, elle sourit de l'animation des deux partenaires; toujours son beau sourire mélancolique et doux.

Les joueurs sont retombés dans leurs calculs sur la marche de la reine ou du roi. Mademoiselle prend la main d'Aimée qui tressaille et semble s'éveiller.