Le vicomte voulut parler, Gaston lui montra l'escalier d'un geste impérieux.
«Pas un mot ici,» murmura-t-il.
Et, machinalement, il regarda le gandin s'éloigner.
Le jeune marquis avait encore deux degrés à franchir, son cœur battait à lui rompre la poitrine, la sueur perlait sur son front. Sa démarche lui apparaissait maintenant comme une faiblesse; et, les portes de l'espérance, un moment entr'ouvertes, se refermaient à l'improviste pour le plonger de nouveau dans le doute et dans la douleur. Il demeurait immobile.
L'amertume et le dédain se peignaient tour à tour sur ses traits. Quelle résolution allait-il prendre? Tout à coup, il fit volte-face, poussa un soupir; et, pas à pas, comme à regret, il redescendit les marches au-dessus desquelles les nymphes impassibles continuaient à jeter leurs fleurs de marbre.
Au même instant, Hélène, prévenue de la présence de son mari, l'attendait pour se jeter dans ses bras. Elle ne se sentait plus respectée depuis qu'on la savait séparée de Gaston. Puis la conduite de ce dernier, le bruit fait autour de son nom, un retour sur elle-même avait peut-être éclairé la frivole jeune femme qui, pour la vingtième fois, venait de refuser sa porte au vicomte furieux et dépité.
Gaston atteignait le jardin, lorsque la marquise haletante, suffoquée, parut devant lui. D'un mouvement fébrile, elle saisit le bras de son mari.
«Je suis innocente, je vous le jure! s'écria-t-elle enfin. Gaston, ayez pitié de mon orgueil, écoutez-moi.»
Elle chancela, ses yeux se fermèrent, elle serait tombée si Gaston ne l'eût soutenue. Il la prit dans ses bras et l'emporta chez elle; peu à peu elle reprit ses forces et se laissa glisser aux genoux de son mari.
«Sauvez-moi de moi-même, lui dit-elle, et rendez-moi digne de vous.»