«Pars, crie l'orgueil.
—Reste,» murmure la raison.
Le soleil se couchait; Gaston, indécis, semblait oublier l'heure. Tout à coup un sourire effleura ses lèvres; il venait de se souvenir qu'autrefois, à cette même place, Bouchot, ne sachant quel parti prendre, avait proposé d'en appeler au sort. Le sort, en se prononçant, avait donné à l'artiste les moyens de devenir célèbre.
Gaston sortit un louis de sa bourse et le jeta en l'air.
«Si c'est pile, je pars; si c'est face, je reste.»
Il se baissa avec hésitation, curieusement épié par un passant.
«Face, murmura-t-il; soit, obéissons.»
Il se dirigea à la hâte vers les Champs-Élysées, lança dans le chapeau d'un pauvre stupéfait la pièce d'or qui lui avait servi à consulter le hasard, et s'approcha rapidement de la demeure de la marquise; peu à peu son pas se ralentit, il entrevoyait les arbres du jardin et songeait à remettre au lendemain sa première visite.
«Pas de lâcheté!» pensa-t-il.
Il passa devant la loge du suisse, qui se disposait à l'interpeller, mais qui se découvrit en le reconnaissant. Il traversa le vestibule, gravit l'escalier, et s'arrêta soudain à la vue du vicomte de Champlâtreux. Celui-ci fit un pas en arrière, comme pour rentrer dans l'antichambre. Gaston, affreusement pâle, le regardait frémissant.