Vif, curieux, obligeant, spirituel, Bouchot était une nature foncièrement honnête, un gamin gouailleur, hardi, flâneur, batailleur, un polisson si l'on veut, mais non un «voyou.» En dépit de la brutalité de son père, il l'aimait et le secondait de son mieux. Par malheur, l'enfant détestait le métier qu'on lui enseignait, et avait l'amour inné du dessin. Le cordonnier, qui n'y comprenait goutte, combattait cette passion de son fils avec la même énergie que s'il se fût agi d'un vice, et lorsqu'il découvrait une feuille de papier blanc ou un crayon entre les mains de son héritier, celui-ci recevait une de ces corrections qu'il qualifiait de toutouilles. Mais les coups n'amoindrissaient pas le moins du monde son amour pour les bonshommes, et plus d'une muraille du quartier en portait la preuve. En somme, Bouchot était aimé des voisins que sa bonne humeur divertissait, et qui, s'ils pouvaient lui reprocher quelques farces un peu risquées, ne connaissaient de lui aucune mauvaise action.

Le gamin, aussitôt entré, lança vers Gaston un coup d'œil expressif, accompagné d'une légère grimace. Il portait sous le bras un paquet assez volumineux.

«Te voilà, gredin, dit amicalement Alexis que l'apprenti déridait par ses allures; veux-tu boire un coup?

—Merci, mon capitaine, je suis trop pressé. Je vais rue Saint-Lazare, chez un bourgeois qui attend ses escarpins depuis huit jours; papa me croit déjà en train de revenir.

—Viens-tu donc m'emprunter ma voiture? demanda Blanchote, qui daigna sourire et montrer sa dent.

—Non; je sais qu'elle est en réparation. C'est votre môme que je viens vous emprunter. Il ne connaît pas Paris; mes affaires m'appellent derrière la Madeleine: c'est une rude occasion pour le former, votre petit, et sans payer un sou de plus qu'au bureau.

—Tiens, c'est une idée.

—Deux même, si vous y tenez.

Alexis secoua la tête. Quant à Gaston, il écoutait la bouche ouverte, surpris d'apprendre que sa belle-mère possédait une voiture.

«Rouge ou noir? reprit Bouchot, qui fit le geste de tirer des macarons.