«Nous n'allons pas voir le roi, répliqua le gamin, ce n'est pas son jour de réception.

—Mais tu es plus beau qu'avec ta blouse, s'écria Mme de La Taillade.

—Je n'oserai jamais aller ainsi dans la rue.

—Il est bon votre petit, mon capitaine; il a des façons cocasses qui m'amusent comme tout. Mais je perds un temps que papa Bouchot rattrapera sur mes épaules. Je reviendrai quand tu auras grandi, mon bonhomme. Tiens, une idée! ça fait les deux, m'ame La Taillade.

Revenant sur ses pas, l'apprenti se débarrassa de sa blouse et de son tablier, enleva la redingote de Gaston, s'en affubla et lui passa les effets dont il venait de se dépouiller. Il n'était guère plus grand que son nouvel ami, et la redingote ne lui allait pas mieux. Mais pour la première fois il endossait autre chose qu'une blouse, et, séduit par la couleur du vêtement, il s'inquiétait peu de sa longueur.

«Je dois avoir l'air d'un duc, dit-il en se promenant avec gravité.
Allons, embrassons papa, maman, et filons, il n'est que l'heure.

—Tu le ramèneras avant la nuit?

—Puisque nous n'allons que jusqu'à la Madeleine.»

Et Bouchot disparut entraînant Gaston.

«Es-tu bête, de me faire poser comme ça, lui dit-il aussitôt qu'ils eurent atteint l'escalier. Tu l'aimes donc bien, la mère La Taillade, que tu as si peur de la quitter? Elle ne me botte pas, moi, ta belle-mère; je la crois cousine de la gueuse qui t'a chipé ta blouse. Quant à ton père, c'est un bon zig. Il est drôle, le soir, lorsqu'il monte l'escalier. Hier, il a piétiné plus de cinq minutes sur la même marche sans s'en apercevoir. Mais, au moins, il ne va pas de travers comme papa Bouchot lorsqu'il s'est trop consolé. Tiens! Roméo qui se promène, s'écria-t-il en apercevant un gros chat. Quelle chance, je vais chauffer la bile à la mère Bardou! Prends le paquet et descends; quand tu seras en bas tu siffleras.»