Gaston obéit, et siffla tant bien que mal dès qu'il eut atteint la dernière marche.
Aussitôt une tempête d'aboiements et de miaulements éclata; on eût dit un matou aux prises avec deux ou trois chiens furieux. Bouchot apparut glissant sur la rampe, il riait à gorge déployée. A peine fut-il à terre, que les chiens aboyèrent de nouveau et le chat poussa des cris désespérés, à la grande stupéfaction de Gaston, qui voyait son camarade produire à lui seul ce vacarme étourdissant. Du haut de l'escalier, une voix de femme appelait Roméo.
«Kiss, kiss, kiss, mords-le! cria Bouchot.
—Veux-tu bien ne pas les exciter, polisson!»
La concierge, mise en éveil, se tenait sur la porte de sa loge, un balai à la main.
«J'aurais dû me douter que c'était toi, galopin, dit-elle en apercevant l'apprenti.
—Faut bien se divertir un brin, m'ame Gaucher; ce que j'en ai fait, c'est pour vous; Roméo allait s'oublier sur l'escalier, ainsi ne me vendez pas.
—Ce gueux d'animal… Mais où diable as-tu pris cette redingote?
—C'est un héritage; je vous conterai ça en revenant. Pas de bêtise, dit Bouchot à Gaston; il ne faut pas se montrer dédaigneux des coups de trique, mais il ne faut pas non plus les apprivoiser. Sors le premier, si tu aperçois mon père à la fenêtre du troisième, tu me cligneras de l'œil; sinon, du vent jusqu'au marché Saint-Jacques!»
Cinq minutes plus tard, les deux enfants remontaient la rue Saint-Honoré. Bouchot, drapé dans la redingote dont les pans lui battaient les talons, attirait un sourire sur les lèvres de chaque passant, et s'appuyait avec noblesse sur l'épaule de Gaston, auquel il avait confié son paquet.