«Si nous entonnions la Marseillaise? s'écria-t-il, ça embête les mouchards…
Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire…
—Chante donc, dit-il en se tournant vers Gaston devenu cramoisi.
—Je ne connais pas cette chanson-là.
—Tu ne sais pas la Marseillaise! tu as donc été élevé à l'étranger?
—Oui, répondit naïvement Gaston, à Houdan. Mais pourquoi dites-vous que cette chanson embête les mouchards?
—D'abord, mon vieux, tâche de me tutoyer; c'est l'usage à la cour, et je tiens aux usages. Quant aux mouchards, la Marseillaise les embête à cause des ordres du gouvernement.
—Qu'est-ce que c'est qu'un mouchard?
—Est-il réussi! s'écria Bouchot; il sort de nourrice, ma parole d'honneur. Un mouchard, jeune étranger, c'est un homme qui vous empêche de crier dans la rue, de grimper derrière les voitures, de jeter des pierres, de creuser des trous pour jouer à la bloquette; un homme qui, s'il te voyait cracher sur une place publique, pourrait te fourrer au poste sous le prétexte que tu salis les pavés. Parlons d'autre chose. As-tu de bonnes jambes?
—Oui, dit Gaston, j'ai été souvent de Houdan à Maulette avec Catherine.