Gaston garda le silence.
«Tu n'aimes pas Blanchote, reprit M. de La Taillade au bout d'un instant.
—Non, pas plus qu'elle ne m'aime.
—Elle ne te bat plus, n'est-ce pas? Une taloche par-ci par-là, peut-être; les grandes personnes ont des ennuis, ta tante devait en avoir.
—Ma tante ne m'a jamais battu.
—Et je ne veux pas que Blanchote te batte; sur ce point-là, il faut toujours me dire la vérité.»
Gaston baissa de nouveau la tête, n'osant répondre que la vérité lui avait déjà valu de plus rudes coups que ceux qu'il recevait sans se plaindre. Son père n'était pas toujours là, et, le plus souvent, il rentrait hébété, inapte à comprendre. L'enfant qui le voyait de sang-froid allait peut-être tenter de l'éclairer, lorsque les socques de Blanchote résonnèrent dans le corridor.
«Il fait un temps de voleur, dit-elle en secouant son châle qu'elle étendit sur le pied du lit, on ne tient pas debout, et la rue ressemble à un cimetière, tant elle est déserte.»
Elle reprit haleine et sortit de son cabas un petit fagot de bois blanc, puis une bouteille à demi pleine d'un liquide rougeâtre.
«C'est du mêlé, chéri, continua-t-elle; tu ne le détestes pas, hein?
Tiens, le mioche n'est pas couché; vous avez donc causé?