Gaston sentit son cœur se gonfler; sans la rencontre de Péruchon, lui aussi eût été à jeun.

«Nous avons très-faim depuis hier, continua l'enfant, qui parla à voix basse, nous ne le disons pas à maman parce qu'elle se met à pleurer.

—Attendez-moi, dit Gaston, et surtout ne bougez pas.»

Il courut chez son père, fureta dans tous les coins, et ne put découvrir le moindre morceau de pain. Sur la table, entre la pipe d'Alexis et le cabas de Blanchote, reluisaient quelques pièces de monnaie. Gaston compta la somme des yeux et avança la main. Il crut voir remuer sa belle-mère et s'éloigna sans bruit.

«Ah! s'écria-t-il, mon parrain a raison, le monde est mal fait.»

Il descendit quatre à quatre chez Péruchon; l'ouvrier n'était pas rentré, et, par hasard, il avait emporté sa clef. Gaston remonta désespéré; il trouva les enfants assis en rond, la faim les tenait tranquilles. D'un coup d'œil ils virent que leur ami revenait les mains vides; le plus jeune se mit à pleurer,—il voulait du pain. Gaston achevait à peine de le consoler, que la petite fille fondit en larmes. On eût dit que ses frères n'attendaient que ce signal: un vacarme affreux résonna dans la misérable chambre, et ce fut en pleurant lui-même que Gaston supplia les enfants de patienter.

Au moment où les pleurs et les cris redoublaient d'intensité, un coup de pied ébranla la porte.

«Voilà Croquemitaine qui passe», dit une voix du dehors.

Les enfants se turent et se pressèrent contre leur gardien.

«Le premier qui chante, je le fourre dans mon sac, continua la voix.