La pauvre femme se couvrit le visage de ses mains et sanglota. Soudain elle se dirigea vers les deux amis, et les pressa contre sa poitrine.

«Soyez bénis, murmura-t-elle dès que l'émotion lui permit de parler, soyez bénis, chers enfants sans mères, qui avez eu pitié des miens.»

Gaston et Bouchot, attendris par cette caresse, sentirent leurs larmes déborder. Les enfants interdits n'osaient bouger, à l'exception de la petite fille qui, après avoir dénoué le paquet rapporté par sa mère, étalait en jouant les misérables hardes qu'il contenait. Péruchon s'était croisé les bras d'un air farouche.

«Il faut manger aussi, madame Hubert, dit l'apprenti; nous voilà tous à pleurer comme si le père Bouchot venait de nous flanquer une toutouille, et cependant nous sommes heureux.

—Je ne suis pas méchant, dit enfin Péruchon d'une voix grave, mais je voudrais avoir une jambe dans le dos pour m'administrer une série de coups de pied quelque part. Comment, canaille, continua l'ouvrier qui se prit par les cheveux, tu vas au cabaret, au bastringue, au Petit-Lazari payer du flanc à des princesses, tandis que là, au-dessus de ta tête, une mère porte ses nippes au mont-de-piété pour nourrir ses petits!… Consolez-vous, madame Hubert, ça ne peut pas durer, et c'est moi qui me charge d'y mettre ordre.

—Il m'amuse, Péruchon, avec sa jambe dans le dos, murmura Bouchot à l'oreille de Gaston, qui l'entraînait.

—Vous êtes deux braves cœurs, dit l'ébéniste qui les rejoignit sur le palier, et il faut que je vous embrasse à mon tour. Les hommes, ajouta-t-il philosophiquement, se divisent en deux catégories…

—Les petits et les grands, dit Bouchot qui interrompit sans façon.

—Non, les bons et les mauvais, continua l'ouvrier.

—C'est comme le cuir, les pommes de terre frites et le coco, alors.»