«Ont-ils faim, ces gueux-là! s'écria l'apprenti; j'ai peur qu'ils n'attrapent une indigestion. C'est une règle de ne pas trop se bourrer lorsqu'on est resté longtemps sans manger; nous le savons par expérience, toi et moi. Tiens, une idée… Attention, crapauds, celui qui m'imitera le mieux aura la plus grosse part.»
Et Bouchot, grave, sérieux, imperturbable, commença la danse de Giselle. Les pauvres petits, avec une attention comique, reproduisaient les gestes et les gambades qu'ils voyaient exécuter, tandis que Gaston riait de tout son cœur en préparant de nouvelles tartines. Rassasiés à la fin, les enfants réclamèrent de Gaston l'histoire du Petit Poucet.
«Allons doucement, dit tout à coup une voix dans le corridor; voyez-vous, madame Hubert, je ne suis pas méchant; mais je voudrais que votre mari reçût une volée qui l'obligerait à revenir près de vous.»
La porte s'ouvrit, et la malheureuse mère, pâle, défaillante, soutenue par Péruchon, s'affaissa sur une chaise et laissa rouler sur le carreau le paquet dont elle était chargée.
«Vous êtes là, vous autres? s'écria l'ouvrier; un verre d'eau, mes garçons, et vite.»
Les enfants, effrayés de la pâleur de leur mère, lui prenaient les mains.
«Pauvres petits!» dit-elle.
Elle aperçut le reste du pain et se redressa.
«Ils ont mangé? s'écria-t-elle en regardant les deux amis.
—Oui, madame Hubert; nous avons fait la dînette,» répondit Gaston.