Elle prononça ces mots de sa voix chaude, légèrement timbrée d’un accent méridional qui plaisait à Bernard. Elle le regardait maintenant avec une curiosité profonde, se demandant où il voulait en venir, hésitant encore à comprendre.
— Enfin, reprit Bernard, permettez-moi d’insister, François est mon ami ; il me semble que vous vous êtes engagés l’un et l’autre dans cette aventure avec beaucoup de légèreté. Vous ne nierez pas que vous ne m’ayez toujours depuis l’enfance préféré à lui ?
Elle ne répondit pas.
— Or on ne peut pas marier des amis d’enfance ; le résultat est toujours mauvais ; ce n’est pas l’amour qui règne dans de tels mariages. Si véritablement c’était l’amour, croyez-vous que ce ne soit pas moi que vous auriez épousé, puisque ce sentiment d’enfant c’est pour moi que vous l’éprouviez le plus vivement ?
— Oh ! vous, dit-elle d’un ton léger, vous, c’est différent ! Vous ignorerez toujours l’amour, vous ne comprenez rien à ces choses, vous n’avez pas de cœur.
Il eut le sentiment de l’injustice et sortit de ses gonds.
— Moi, dit-il, moi ? Je le connais mieux que n’importe qui, l’amour, puisque j’aime une certaine personne de toutes mes forces, à en perdre le boire et le manger ; et depuis des années sans m’en rendre compte ; vous entendez ?
— Eh bien ! répondit-elle tranquillement, assez vexée tout de même, allez le lui dire à cette personne et ne vous occupez pas de nos affaires. D’abord qui vous en a chargé ?
— Mais… personne, fit-il interloqué, ou, du moins (ajouta-t-il subitement inspiré) quelqu’un qui y est fort intéressé.
— Oui, dit-elle, ironiquement, François, n’est-ce pas ? Que vous êtes donc malin, mon pauvre garçon !