— Le progrès, Noë, le progrès, murmura le maître. Il se pencha vers l’enfant qui avait ôté son capuchon et son béret. Sa main dégagea des boucles un beau front lumineux mais serré aux tempes, froncé près des sourcils sur une arête coupante et dure.
— Il est fait pour tout comprendre, ce petit, dit-il au jeune homme à voix basse.
— Pour ça, c’est sûr ; reste le caractère ; et là, dame, je vous assure qu’il n’est pas de droit fil.
— Ah ? fit le maître pensif.
— Et puis, comment vous dire ? Ce gosse-là c’est presque effrayant comme il ne pense qu’au sérieux. Il a tout le temps l’air de faire des expériences. Il va, il vient, mais toujours il calcule et il vous a des réflexions qui vous tournent quartier. Plus de nœuds que de bois sain je vous dis.
— A quoi paraît-il plus particulièrement s’intéresser ? A quoi songe-t-il ?
— Difficile à dire, pour moi qui ne réfléchis pas à vos affaires d’esprit. Mais enfin, je ne mentirai pas, au moins que je croie, si je vous disais qu’il me fait l’effet de ne pas guère penser à autre chose qu’au profit ; au profit et aux moyens d’avoir du profit.
Le père Lazare qui regardait l’enfant releva la tête :
— Que c’est grave, que c’est grave. Il faut que j’y songe à tout cela… Mais attends encore. Je vais maintenant m’occuper de tout ce petit monde. En attendant, installe l’enfant à quelqu’une de ces tables, n’importe où ; le rang est provisoire.
Il quitta le jeune homme ; dans le groupe des parents qu’il connaissait à peu près tous il s’attarda encore un instant cependant que les écoliers achevaient de se placer suivant leurs préférences. Enfin, il gagna la chaire et il se fit peu à peu le silence.