Il alla au prochain kiosque à journaux et acheta quelques feuilles du jour ; ses yeux cherchèrent immédiatement parmi les annonces de dernière page :

— Voyons, dit-il, j’ai souvent remarqué pourtant cette annonce ; je vais bien la retrouver.

Il examina sans succès le Soleil, le Petit Journal, l’Écho de Paris et il désespérait de trouver ce qu’il cherchait lorsqu’en dépliant le Gil Blas son regard tomba précisément sur une annonce ainsi conçue :

Rudge, 3 bis rue St Joseph. Missions confidentielles, divorces, renseignements, poste privée, filatures tous pays. Discrétion d’honneur.

— Discrétion d’honneur est joli, conclut-il avec un sourire. Il sauta dans une voiture et donna l’adresse qu’il venait de lire. Le cheval partit au trot et, un quart d’heure après, il s’arrêtait devant la plus sordide des maisons de l’infecte ruelle qui porte le nom de Saint-Joseph. Il gravit avec dégoût plusieurs étages, ouvrit une porte et se trouva devant un personnage qu’il ne perdit pas son temps à considérer.

— Voici, lui dit-il, ce qui m’amène ; si je comprends bien votre annonce vous vous chargez de recevoir et d’expédier la correspondance de vos clients. Oui ? Bien. Pouvez-vous faire envoyer de Bordeaux un télégramme à l’adresse que je vais vous indiquer ?

— Certainement, répondit le mouchard. Il me suffit de télégraphier à mon correspondant le texte du télégramme en question en le faisant précéder de son adresse et de quelques mots conventionnels.

— Quel temps cela demandera-t-il ?

— Il est onze heures, mon télégramme sera remis à mon correspondant à une heure et réexpédié aussitôt par lui à son adresse définitive, c’est-à-dire à…?

— A Paris.