La curiosité de Bernard s’éveilla :

— Un télégramme ? fit-il. Faites voir.

— Le voici, dit Blinkine.

Bernard déplia le rectangle bleu et lut :

« Bordes armateur Paris.

« De Gibraltar 19 Décembre 1886. — Avons rencontré 12 Décembre par le travers Agadir voilier Scintillante Capitaine Régis désemparé suites tempête deux mâts brisés. Avons aidé effectuer réparations fortune mais suffisantes pour regagner port. Scintillante cingle Bordeaux où parviendra vraisemblablement trois janvier si mer calme et vents normaux de saison.

« Corbett Commandant vapeur Everready de Glasgow. »

Un flux de pensées se pressait sous le crâne du jeune homme. Il sauta de son lit en marmottant à voix inintelligible ; il fit rapidement sa toilette sans s’occuper de son visiteur. Quand il fut prêt, il lui dit :

— Eh bien ! nous descendons ?

Ils s’arrêtèrent à l’appartement et Blinkine entendit Bernard dire à sa tante par la porte entr’ouverte : « Veux-tu préparer ma valise, je te prie ; je partirai ce soir pour Bordeaux ».

Sur le trottoir, le jeune homme s’arrêta et se tournant vers le banquier :

— Sale affaire, hein ? Et il n’y a pas d’assurances dans ce métier-là ? Enfin, en tous cas, c’est trois mois d’immobilisation pour le bateau. Je crois qu’il n’y a qu’une chose à faire ; dès l’arrivée de la Scintillante à Bordeaux, déménager la cargaison sur un autre de vos bateaux s’il y en a de prêt à partir : il ne faut pas perdre une minute. S’il n’y en a pas de prêt, il faut en préparer ; au besoin, changer tout le programme actuellement prévu ; un départ pour l’Angleterre ou le Maroc peut se remettre ; cette cargaison-là n’aura déjà que trop attendu. C’est votre avis ? Oui. Eh bien ! je pars ce soir pour arranger tout cela. Faites le nécessaire par télégramme pour que l’agence de Bordeaux se mette à mes ordres dès demain. Je vous quitte.