— Quinze jours sans te voir, comme j’ai langui de toi !
Elle ajouta timidement : François est reparti hier…
Il faillit crier. Le mari ! cet homme auquel il ne songeait plus ! Le charme se desséchait. Il ne restait plus soudain en lui que l’amour empoisonné dont il était victime pour une femme qui appartenait à un autre et n’avait pas su se garder. La rage, le dégoût, l’écœurement le soulevaient. Mais Angèle n’y prenait pas garde.
— Il a été vraiment très gentil ; il ne s’est douté de rien. Pauvre François !
Il ne savait s’expliquer, prononcer la question qui le brûlait. Il sut à peine dire : Et…?
Elle baissa la tête.
— Mais enfin, s’écria-t-il, en la secouant avec violence, qu’allais-tu faire auprès de lui ? Tu m’as abandonné, moi qui t’aime, tu m’as fait endurer les pires souffrances (Dieu sait la peine que j’ai eue !) et, ce pendant, tu vivais sadiquement avec lui, tu te laissais posséder ! Quel vice inavouable as-tu donc, quel besoin de te donner et de salir mes souvenirs…
Il s’exaspérait, il tremblait de tous ses membres.
— Ah ! misérable, finit-il par dire, écœurante saleté… et j’ai pu t’embrasser tout à l’heure ! Je vois cette ignoble image de tes transports dans les bras de cet homme écumant, et toi, frissonnante et toute radieuse, goûtant l’odeur de la trahison… Ah ! quelle abominable horreur, quelle horreur !…
Elle était à genoux près de lui ; elle lui prenait les mains.