— Je pense, répondit-il d’une voix sourde, que je ne sais pas ce qui me retient de vous flanquer ma main sur la figure.
Il sortit aussitôt. « La plus belle déception de ma vie, se disait-il. Et Angèle qui m’envoyait embrasser le papa. Joli, le papa ! Je lui apprendrai qui je suis à celui-là aussi. Allons voir d’abord notre sympathique Fougnasse. »
Celui-ci l’attendait assez agité dans le vestibule de son bureau. Bernard lui jeta un regard noir qui l’effraya. Il le fit asseoir en face de lui et, sans un mot, comme si le visiteur n’existait pas, ouvrit son courrier, inscrivit ses mentions de classement, ignora tout du pauvre bougre qui s’agitait sur sa chaise timidement se demandant ce que lui voulait ce jeune homme dont il avait peur maintenant.
— Monsieur Fougnasse, finit par dire Bernard, j’ai toujours dans mon coffre-fort certain papier que vous avez bien voulu signer et que vous n’êtes pas sans vous rappeler.
L’homme inquiet hocha la tête.
— J’ai aussi, dûment recueillies, signées et légalisées, les dépositions des fournisseurs, de la cantinière, du contremaître et de quelques ouvriers établissant d’une manière irréfutable la nature de vos agissements.
L’avocat se sentit tout à fait gêné.
— J’ai enfin un rapport me donnant le détail de vos négociations récentes avec Mulot et Blinkine, avec certains membres du Conseil Général, etc. Cette trahison imprudente ne témoigne pas en faveur de votre intelligence. Elle me décide à me servir de mes armes. Je vous ai invité à venir me voir pour vous annoncer que j’allais porter plainte contre vous. Vous allez être brisé, mon garçon, comme du verre.
Maître Fougnasse s’écria avec agitation :
— C’est un chantage que vous préparez !