— Que ce voyage me promet de bonheur, Olivier !
Mais lui contemplait sur la muraille une frise qui disait l’histoire de Bacchus, son voyage sur l’Hellespont et l’accueil que lui firent les doux Égyptiens, et les belles furies qui domptaient des panthères.
Ses yeux s’arrêtèrent à un paysage où une femme accroupie, belle et tendre, semblait l’appeler.
— Vous admirez, dit Rabevel, qui s’était approché, ce tableau de Gauguin ; n’est-ce pas que ce paysage irréel et cette femme étrange lui viennent certainement des Iles Marquises ?
Autour d’Olivier s’évanouissaient les personnes vivantes avec les idées, la civilisation, les siècles qu’elles représentent.
Il ne voyait plus, au bord du Pacifique odorant, que les vahinés couronnées de fleurs qui chantent et dansent dans les soirs sans pareils et la gerbe bleue des lames sur le récif.
Ces quelques dernières journées qui lui restaient à vivre en Europe, Olivier les passa dans les musées et les jardins. Il s’emplissait l’esprit des radieux témoignages de la grandeur de sa race. La veille de son départ, ses valises bouclées, l’esprit libre et heureux, il se rendait aux Invalides depuis les Champs-Elysées ; il ne put s’empêcher de s’arrêter avant de traverser la Seine et d’entrer au Petit Palais.
Le péristyle d’un goût si pur, la mosaïque éteinte, l’harmonie mesurée des massifs, le jet d’eau nostalgique font de la cour intérieure un ensemble achevé de l’art français. Olivier ne connaissait pas d’architecture qui lui plût davantage. Un sens très moderne s’y révèle, mais sans l’inquiétude des névroses. La grandeur ne s’y altère point de fausse pompe. La majesté n’y est pas glaciale. Tout y est précis, on en a la certitude, et pourtant on n’y sent pas la mathématique. Et, privilège inestimable qui en décèle la valeur, cette œuvre récente invite au rêve comme les très vieilles architectures chargées d’histoire, comme la nature elle-même. C’est pourquoi ce lieu avait été le but favori de ses promenades avec Isabelle. Ils aimaient y passer leurs loisirs, et, ce dernier après-midi, il y pénétra avec un peu d’émotion. Depuis combien d’années n’avait-il pas foulé ce seuil ? Il reconnut pourtant les choses ; elles n’avaient pas changé ; on y avait ajouté sans doute, mais le monument demeure et les premiers chefs-d’œuvre qu’il aimait l’accueillirent encore avec ce doux sourire qu’on prête à des amours. Voici les grandes toiles de Carrière, voici… mais il passa, vite, il alla savourer le soleil sur le petit banc vert qu’il connaissait, au pied de Manon.
Manon était toujours là sous la voûte contemplant le jet d’eau. Et il reconnut le gardien qui l’examinait avec attention.