Les mêmes, son parfum, sa taille, ce sourire blessé et ce tendre visage…

Le père Budel ému était parti en sifflotant.

— Là, sur le banc d’autrefois, vous vous rappelez Olivier, asseyons-nous. Depuis si longtemps j’attendais ce moment ; mon Dieu, un peu de bonheur vient enfin à moi.

— Je dois vous dire, Isabelle…

— Taisez-vous, mon cher amour, ne me dites rien. Laissez-moi savourer ce peu de bonheur. Je le sens fugitif, je sais qu’il ne durera point. Votre cœur était léger, et vous n’avez changé sans doute que pour le donner à un autre. Mais mon cœur à moi, qui toujours vous accompagna implore comme une récompense ce silence et le don de quelques minutes et l’illusion du passé. »

Les larmes noyaient les yeux d’Olivier.

— Isabelle, vous êtes la meilleure…

— Non, Olivier, mais comme vous me rendez heureuse de vous voir ainsi. J’aurais voulu savoir ce que vous deveniez : impossible. Alors je voyais Marc parfois. Il ne voulait rien me dire sinon de renoncer à vous puisque votre intention était si claire. Mais je vivais par nos souvenirs. Il ne voulait pas me parler de vous. Il avait consenti à me faire connaître ce qui vous arriverait d’important : mais il est toujours resté muet. Seul le père Budel me parlait de vous.

Elle appuya sa tête sur son épaule avec un geste qu’il aimait et qui le bouleversa.

— Puis la guerre est arrivée. Marc n’a plus donné signe de vie. Qu’étiez-vous devenu ? Je lisais l’Illustration toutes les semaines avec fièvre, certaine que je vous y trouverais un jour. Tenez, regardez…