Le train spécial du Canaque était à quai quand ils arrivèrent à la gare d’Orsay. Marc y vit, déjà installés, Isabelle et Clavenon ; il ne s’en étonna pas, il était au courant.

— Irez-vous jusqu’au bout ? demanda-t-il à la jeune fille.

— Jusqu’au bout du monde avec lui, s’il me veut.

Olivier hésitait à comprendre. Il eut soudain l’illumination d’un immense amour révélé, conquis et possédé à jamais ; et aussitôt retomba sous le couvercle d’un cercueil de plomb ; il était un criminel, il… Mais Marc s’approchait de lui ; il lui fit ses adieux. Il lui recommanda à voix basse le silence, embrassa fraternellement Isabelle, dit encore à Olivier : « le bonheur t’accompagne » et, dès après le départ du train retourna à l’hôtel particulier de Rabevel. Il carillonna longuement, heurta avec véhémence à la porte, finit par ameuter le quartier, déclara qu’il avait vu de loin sortir un individu par une fenêtre restée ouverte au rez-de-chaussée…

On trouva Balbine dans le coma ; elle expira sans reprendre connaissance. Bernard revint peu à peu à lui et raconta l’histoire d’agression et de bandits masqués qui devait passionner Paris.


Quelques mois après, Marc causait avec son père et sa mère auprès du feu lorsqu’on lui remit une lettre de l’armateur. Celui-ci lui disait toute la vérité, lui annonçait son départ, le priait de passer le voir. « Les coups que j’ai reçus sur la poitrine ont achevé d’user et de disloquer mon cœur et mes artères déjà fort atteints. Au premier choc, à la première quinte de toux… » Il voulait s’en aller très loin, il avait pensé à certaine tâche très humble et très utile et désirait que Marc prît la tête de sa maison.

— Mais, dit Noë, voilà donc deux criminels, Bernard et Olivier qui vont achever leurs jours en paix ? Notre devoir n’est-il pas de les en empêcher ?

— Ce sont vos lois, ce sont vos mœurs, c’est votre société qui les a faits ce qu’ils sont, répondit Marc.

— Et la justice ? fit Noë.