Sixièmement. — Les synonymes très-rares et ceux qui ne prêtent qu’à des différences subtiles.
J’ajoute une remarque de pratique. Au point de vue de l’enseignement on peut diviser les synonymes en trois classes ; la première comprend ceux que l’élève ne peut jamais apprendre à distinguer trop tôt parce que leur parenté purement apparente n’est fondée que sur la tentation de les traduire par un même mot dans notre langue maternelle, par exemple liberi et infantes, animal et bestia, hærere et pendere, sumere et adimere, hostis et inimicus. La confusion de ces synonymes est une bévue qu’il faut ranger sur la même ligne qu’un solécisme proprement dit. A la seconde classe appartiennent les synonymes entre lesquels on peut établir une distinction aisée et sûre, mais qui expriment des idées si rapprochées, que les anciens mêmes n’hésitaient pas à les prendre les uns pour les autres, par exemple lascivus et petulans, parere et obedire, ater et niger, incipere et inchoare, mederi et sanare, vacuus et inanis, spernere et contemnere, tranquillus et quietus. Tant que l’élève est encore aux prises avec les éléments de la grammaire, le maître est autorisé à lui laisser croire que ces expressions ont tout à fait le même sens ; mais il convient d’y rendre attentifs les élèves plus avancés, soit pour les habituer, quand l’occasion se présente, à la propriété des termes, soit pour leur faire faire un excellent exercice d’esprit. Je range dans une troisième classe les synonymes dont la différence ne saurait être établie ni sans peine, ni avec pleine évidence à l’aide des textes classiques, et que les anciens, selon toute probabilité, ne distinguaient que très-confusément, par exemple lira et sulcus, remus et tonsa, pæne et prope, etiam et quoque, recordari et reminisci, lævus et sinister, velox et pernix, vesanus et vecors, fatigatus et fessus, collis et clivus. De pareilles distinctions n’ont que peu ou point d’importance dans la composition, à moins qu’une antithèse en forme, par exemple celle de mare, lacus, par rapport à amnis, fluvius ; de metus, spes, par rapport à timor, fiducia, n’impose par occasion la nécessité de recourir aux richesses de la langue en synonymes de ce genre. Une sévérité excessive en cette matière ne serait à mes yeux qu’un pédantisme fâcheux qui ne manquerait pas d’entraver toute liberté d’esprit chez l’élève occupé à composer. Comme professeur, je demande que les synonymes de la première classe deviennent familiers aux élèves dès les cours élémentaires ; je n’introduis que dans les cours supérieurs l’étude des synonymes de la seconde catégorie ; c’est vers l’âge de quatorze ans à peu près que j’engage les élèves à s’en occuper dans le travail de la composition à propos du choix des expressions ; c’est alors que je commence à en tenir compte dans l’explication des textes, avec mesure s’entend, pour aiguillonner l’esprit et non pour embarrasser la lecture. Quant à ceux de la troisième catégorie, je me fais une loi de n’en parler qu’en expliquant des passages à propos desquels il est impossible de l’éviter, par exemple, quand l’auteur associe flumina et amnes et qu’il faut le défendre contre une accusation de pléonasme.
J’ai cru rendre mon manuel d’un usage plus commode en fondant la table dans le texte. On a ainsi la chance de tomber du premier coup sur l’article qu’on cherche, ce qui serait impossible avec un index à part.
L’auteur.
Erlangen, décembre 1839.
Avis pour la seconde édition
Il y a neuf ans que ce manuel a vu le jour ; il reparaît plutôt remanié que transformé. Outre que je l’ai revu plusieurs fois, j’ai profité de nombreuses observations que je dois à de savants amis, soit pour améliorer le fond, soit pour perfectionner l’expression, et j’ai inséré quelques articles nouveaux. J’ai en revanche supprimé les étymologies, tantôt parce que je m’étais trompé en les croyant justes, tantôt (et le plus souvent) parce qu’elles n’ont aucun sens pour l’élève et qu’elles peuvent même occasionner des méprises quand elles ne sont pas approfondies.
L’auteur.
Erlangen, décembre 1848.