Un jour j'écrivis à ma mie
Son inconstance seulement
Mais elle ne mie fut endormie
A me le rendre chaudement,
Car dès lors elle tint parlement
Avec je ne sais quel papelard
Elle lui dit tout bellement:
Prenez-le, il a mangé du lard[133].
Or, manger du lard, ce n'était plus garder l'abstinence, c'était le signe qui vous faisait reconnaître huguenot. Dans l'opinion du peuple, le huguenot était un maudit, il mangeait de la vache à Colas, dicton des multitudes qui avaient leur instinct dans ces jugements. Les jeûnes, les abstinences avaient été institués par l'Église, non-seulement pour imposer la pénitence, mais encore pour signaler aux riches ce que le pauvre souffrait de privations: le jeûne que l'opulent faisait à certaine période, le pauvre ne le supportait-il pas toujours? Et il était bon de le rappeler aux heureux qui faisaient un dieu de leur ventre.
Des commentateurs ont supposé que la Mie de Marot, dont il est question dans ces mauvais vers et qui le dénonça, fut Diane de Poitiers. Il faut vraiment manquer de toute critique pour croire que madame de Châteaubriand, où Diane de Poitiers se fussent abaissées à dénoncer un poëte, valet de chambre spécialement protégé par Marguerite de Valois! Si Clément Marot fut poursuivi, c'est qu'il avait par ses écrits attaqué la foi de l'Église; s'il fut mis au Châtelet, ce fut par ordre ou mandement des officiers de justice et par le parlement.