«Allons trouver le père, proposa Madeleine, et tâchons de l'amener à nous rendre cet argent.

—Mais nous ne savons pas son adresse, répondit Marie avec accablement; car voilà plus de trois mois que nous ne l'avons vu.

—Quand il a de l'argent, reprit l'aveugle, il va d'ordinaire chez son ami Tribouillard, un mauvais sujet qui a achevé de le perdre. C'est là qu'on le trouvera très-probablement. Mais les Tribouillard demeurent à la Guillotière; et comme les jeunes filles ne peuvent s'aventurer la nuit dans ce quartier-là, je vais vous accompagner.

—Non, mère, repartit Marie; en vous voyant, le père se défierait. Il n'est que sept heures; à neuf heures, nous serons de retour, et ce n'est guère qu'à dix que sortent les mauvais sujets.

—Allez donc, mes enfants, et que le bon Dieu vous conduise!»

Madeleine et Marie se mirent en route.

Claudine paraissait moins atterrée que ses sœurs, car elle pensait: si nous n'avons pas d'argent, je ne pourrai pas partir.

[5]Il y a dans l'industrie de la soierie trois classes bien distinctes: le fabricant, le chef d'atelier et le compagnon. Le fabricant, c'est-à-dire le capitaliste, achète la matière première, la donne à tisser au chef d'atelier et lui paye le tissage à tant le mètre. Le chef d'atelier, c'est-à-dire le propriétaire des métiers, paye aux compagnons ou simples ouvriers la moitié du prix alloué par le fabricant, se réservant l'autre moitié pour la location des métiers et du local. Le chef d'atelier est presque toujours lui-même un ouvrier.

[6]Nom imitatif donné par les canuts à leurs métiers.

[7]L'ourdissoir est le plus joli métier employé dans la fabrication de la soie. Il compte et dispose les fils de la chaîne.