[8]L'apprentissage du métier de tisseuse dure quatre ans. Ce temps est tout à fait disproportionné, car on apprend ce métier facilement en un an.
[9]Le piquage d'once est un dol très-usité dans les diverses branches de l'industrie de la soierie. Le fabricant pèse la soie avant de la livrer. Comme on peut augmenter artificiellement le poids de la soie, il est facile d'en soustraire de petites quantités.
[10]Après la grève des veloutiers de Saint-Étienne, si longue et si désastreuse pour les fabricants et les chefs d'atelier, il vient de se former entre ouvriers veloutiers une société coopérative de production. Enfin, tout récemment, les ouvriers lyonnais ont reconnu que le remède le plus efficace à la crise actuelle serait la fondation de sociétés coopératives pour la fabrication de la soie, et ces sociétés sont dès aujourd'hui en voie de réalisation.
[XIII]
Si la Croix-Rousse est le faubourg de la population ouvrière, du travail honnête, la Guillotière est en général le refuge des existences tout à fait déclassées, des ouvriers paresseux et débauchés, des gens suspects et des forçats libérés. C'est la misère hideuse, le vice ignoble. La Guillotière! ce mot seul n'a-t-il pas quelque chose de sinistre?
Au lieu de maisons élevées, propres, régulières, ce sont pour la plupart des sortes de cabanes, des masures à un seul étage. Presque à toutes les portes on voit des cabarets ou des étalages de fripier, véritables musées de la misère. Ce sont des pots ébréchés, des haillons sordides, des chaussures déformées; et ces objets de première nécessité ont dû être vendus pour un morceau de pain ou pour un verre d'alcool.
Madeleine et Marie arrivèrent sans encombre à la rue de la Vierge, qu'habitaient les Tribouillard.
Le quartier était sombre, désert. Derrière les vitres éclairées se dessinaient des visages effrayants; et en passant devant les cabarets elles entendaient les verres s'entre-choquer et des voix rauques proférer des paroles obscènes.
Avisant un enfant qui jouait dans la rue:
«Pourrais-tu nous dire, lui demanda Marie, où demeure M. Tribouillard?