C'était un gracieux tableau que ces trois jolies ouvrières cousant et babillant à travers un rayon de soleil.

Entre elles le contraste était si frappant!

Geneviève était la blonde fille du Nord, à la figure gravé et douce, aux yeux bleus, au regard tendre, avec une magnifique chevelure à reflets d'or; elle était grande et frêle, un peu languissante. Depuis quelque temps son visage avait perdu sa placidité flamande. Dans ses traits amaigris on remarquait une expression inquiète, fiévreuse. Ses yeux brillants, d'un bleu plus sombre, souvent se fixaient dans le vague. Et son teint, autrefois si pur, offrait en plusieurs endroits des marbrures maladives.

Quant à Claudine, c'était la beauté plastique dans toute sa splendeur. Elle était grande et bien développée. Son corps présentait des proportions sculpturales.

De visage, elle ressemblait à Madeleine. Beaucoup, l'eussent jugée plus belle. C'étaient ses traits, avec des lignes moins nobles peut-être, mais plus correctes. Ils n'étaient pas empreints de cette intelligence à la fois puissante et raffinée, qui caractérisait la figure originale de Madeleine. Ses yeux noirs exprimaient plus de volupté que de profondeur. Son front bas, comme celui des statues antiques, était large et bien dessiné. Le front élevé de Madeleine appartenait à l'art moderne plus idéalisé. Claudine avait une chevelure opulente, mais un peu massive. Le menton, quoique très-régulier, était trop matériel.

Elle avait plus de fierté que de dignité réelle. Son geste et son attitude avaient l'abandon des femmes élevées dans un milieu où l'on reconnaît, en fait, sinon en principe, la liberté des relations amoureuses.

Toutes trois portaient dans l'amour la différence qui se remarquait dans leur organisation.

Chez Geneviève, ce qui dominait, c'était la tendresse, une tendresse un peu romanesque, mais exclusive et dévouée. On devinait que l'amour absorberait sa vie.

Claudine était une méridionale passionnée, impétueuse, révoltée contre les entraves.

Fossette, elle, c'était la femme de la fantaisie; frêle, mais nerveuse. Il y avait dans cette mièvre créature des ressorts inouïs; soit pour lutter contre un obstacle, soit pour satisfaire un caprice, soit pour se consoler des revers de l'amour.