Fossette avait la passion des fleurs: c'était son luxe; sa mansarde en était pleine. Une humble touffe de primevères s'abritait modestement sous un superbe camélia. La jacinthe et la violette mêlaient leurs senteurs.

Ces parfums, ces fraîches corolles, ces trois belles filles, leur babil plus allègre que le chant des moineaux francs qui sautillaient sur les toits, répandaient dans cette mansarde pauvre et glacée comme une chaude lumière, comme un air de fête, un air de printemps.

Fossette était artiste, elle aimait tout ce qui est vraiment beau. De l'artiste elle avait aussi la mobilité, la gaieté, l'insouciance.

Quelle rieuse que Fossette! Le rire, un rire, franc et mutin, creusait, dans ses joues pâlies parle travail et les privations, de gracieuses fossettes. Ces fossettes, c'était toute la physionomie de cette charmante fille, qui semblait faite uniquement pour le bonheur. Elle avait encore une fossette profonde au menton, ce qui est un signe de bonté. Et aux coudes comme aux épaules se modelaient aussi de petits trous rieurs.

Voilà donc ce qui avait valu à cette jolie fille le surnom de Fossette. D'ailleurs, enfant perdue ou abandonnée, elle se rappelait vaguement ses jeunes années, et ignorait son vrai nom.

Fossette avait vingt ans. Quel avait été son passé? Celui de toutes ces pauvres filles jetées sur le pavé de Paris, sans direction, sans principes, n'ayant sous les yeux que l'exemple du vice. Bien que son existence eût été fort tourmentée, si elle avait souffert, sa gaie philosophie l'avait du moins préservée des grandes douleurs.

Une certaine fierté naturelle et sans doute une triste expérience l'avaient aidée à sortir du désordre, et à ne demander qu'à son travail le pain de chaque jour.

Sa beauté n'était pas de celles qui attirent l'attention dans la rue: c'était le minois chiffonné, mais un peu terne de la Parisienne. Tout le charme de ce visage résidait dans le jeu de la physionomie, dans l'expression de ces yeux gris, frangés de cils bruns, et qui pétillaient d'une douce malice; dans ce nez coquettement retroussé, aux narines moqueuses, et dans ces lèvres d'un rose pâle, aux coins relevés, au sourire si fin, si vraiment gai et à la fois si bon.

Elle était de taille moyenne et elle avait l'allure vive et pimpante de la grisette parisienne. Tous ses mouvements avaient une grâce naturelle, exempte de prétentions. Coquette et femme de goût, elle eût porté la soie, les plumes et le cachemire avec autant de distinction qu'une grande dame; mais n'ayant ni robes de soie, ni plumes, ni cachemire pour se parer, c'était elle qui parait ses chiffons. Toutefois, comme elle ne pouvait se passer de luxe, elle s'achetait des fleurs; et souvent pour son dîner elle ne mangeait qu'un petit pain d'un sou.

Un connaisseur, un fin connaisseur, un homme d'esprit, pouvait seul apprécier les qualités féminines de Fossette.