Madeleine d'abord, en gravissant ce sombre escalier, avait reculé d'horreur. Mais partout ailleurs Claudine ne pouvait obtenir un trou sous les combles à moins de douze à quinze francs par mois; et là, moyennant huit francs, elle aurait assez d'air pour respirer, assez de jour pour travailler. Enfin elle ne serait pas isolée. Elle aurait une compagne obligeante qui paraissait honnête et qui promettait de lui procurer immédiatement de l'ouvrage.

D'ailleurs, entre la rue de Venise à Paris et la rue Terraille à Lyon, il y avait certes peu de différence.

Depuis huit jours, Claudine était donc installée dans sa position nouvelle. Elle avait obtenu de l'ouvrage du magasin de lingerie qui occupait Geneviève. En faisant deux chemises par jour, elle pouvait gagner un franc cinquante centimes; mais il fallait travailler depuis six heures du matin jusqu'à dix heures du soir, et soigner l'ouvrage, ce qui fatiguait les yeux.

Comme remetteuse, Claudine n'était point habituée à un travail très-régulier: aussi l'état de lingère lui parut-il d'abord pénible.

Une femme du monde qui prend une broderie ou un ouvrage de tapisserie, et qui brode en causant, à points interrompus, douillettement étendue dans un fauteuil, ne peut comprendre combien cette besogne est rude, triste et ingrate, pour l'ouvrière qui coud tout le jour, qui coud sans relâche. Cette aiguille, qui le matin paraît si légère, devient bien pesante à la fin de la journée, et c'est à peine si, le soir, la main roidie et gonflée peut la tenir.

L'ouvrière a la tête lourde, le cou s'endolorit, ses yeux rougissent, et, à la longue, l'estomac et la poitrine se resserrent.

Hélas! souvent c'est la faim qui la pousse, cette aiguille. Si seulement elle donnait toujours du pain à la pauvre fille!

Ce qui soutenait Claudine dans son nouvel état, c'était l'espoir de voir bientôt arriver Jaclard. Elle avait écrit pour lui donner son adresse, et, comme il ne répondait pas, elle pensait qu'il ne pouvait tarder à venir.

Par une belle journée de mars, elles étaient toutes trois réunies dans la chambre de Fossette, la plus spacieuse, et qui avait l'avantage de recevoir à midi quelques rayons de soleil.

Elles travaillaient et causaient.