Faut-il s'étonner si, dans ces habitations nauséabondes, la fièvre, le rachitisme, la phtisie, le typhus, se disputent les malades?

Et personne ne se plaint! Les malheureux qui habitent ces maisons ne sont pas exigeants, quoiqu'ils payent encore fort cher; mais ils demeurent là à la nuit, à la semaine, au mois, et, locataires de passage, ils ne peuvent imposer leurs réclamations. D'ailleurs, quelque dégradées que soient ces maisons, il y a toujours assez de misérables qui s'estiment heureux d'y trouver un abri.

Cependant la commission des logements insalubres surveille ces cloaques avec un zèle incessant. Sans doute elle a produit quelques bons résultats; elle aura fait fermer quelques caves ou quelques soupentes privées de jour; mais elle n'a pas pouvoir d'ordonner la reconstruction des maisons, l'élargissement des rues pour y faire circuler l'air et la lumière.

On tourne toujours dans le cercle vicieux de la misère. Peut-être la classe laborieuse qui remplit ces bouges, regarde-t-elle comme un plus grand mal d'être reléguée au loin que d'habiter un quartier insalubre, mais du moins central.

Vers l'extrémité de la rue de Venise est un hôtel garni où, dit l'enseigne, on loue à la nuit ou au mois des chambres meublées bourgeoisement.

Geneviève Gendoux et son amie Fossette habitaient au cinquième de pauvres mansardes froides et désolées; et, pour y arriver, il fallait gravir un étroit escalier à rampe humide et que des jours de souffrance éclairaient d'une lueur fausse. Sur chaque palier six ou huit portes pour autant de cellules se pressaient dans un maigre corridor. À tous les étages, dans ces trente ou quarante prisons où l'air manquait, des vagissements de marmots, des chants mêlés d'invectives et de pleurs faisaient tressaillir les frêles cloisons. L'âme et les sens étaient également révoltés par ce chaos d'existences à la fois cloîtrées et confuses, qui se coudoyaient à travers toutes sortes d'émanations putrides.

Cet hôtel était pourtant l'un des plus luxueux du quartier.

Geneviève, à peu près abandonnée par M. de Lomas, s'était réfugiée dans ce garni que Fossette habitait depuis quelques mois déjà.

Rien ne rapproche comme l'infortune. Au bout de huit jours, les deux jeunes ouvrières s'étaient liées d'une étroite amitié.

Elles avaient accueilli comme une ancienne connaissance la belle Claudine Bordier.