Huit jours après leur arrivée, Madeleine était installée chez Mme Daubré comme institutrice de Jeanne, et Claudine, dans une petite chambre d'un pauvre garni de la rue de Venise.

[11]Nom populaire à Lyon pour désigner les enfants.

[12]Chez un grand nombre de familles, dit M. de Watteville dans son rapport général sur la situation du paupérisme, la mendicité est considérée comme une profession, et l'état d'indigent est héréditaire.

[XIV]

Derrière l'église Saint-Merry, parallèlement à la rue de Rivoli, s'étend un quartier hideux, dont on ne pourrait soupçonner l'existence au centre même du beau Paris. Il y a là un flot de maisons presque en ruines, et de rues si étroites qu'une voiture n'y pourrait passer, et si sombres que le pavé y est fangeux en toutes saisons.

Les rues Maubué, du Poirier, Pierre-au-Lard, Brise-miche, Taille-Pain, de Venise, Beaubourg, etc., peuvent rivaliser, sous le rapport du délabrement et de l'insalubrité, avec les courettes de Lille et les parties les plus misérables de la Guillotière.

Les maisons se pressent les unes contre les autres comme des pauvres qui grelottent. Quelques-unes se penchant sur la rue semblent vouloir se rejoindre au faîte; d'autres se bombent au milieu comme si elles allaient s'éventrer. Aux fenêtres, la plupart dégradées, on voit suspendus des langes ou des lambeaux de linge qui s'essorent.

En bas sont des boutiques sordides où s'étalent les rebuts de la consommation parisienne.

À l'intérieur, les escaliers s'effondrent, les planchers pourrissent. Il pleut dans les mansardes; et, dans les charpentes courbées sous le poids des tuiles, la bise gémit et tousse comme un phtisique agonisant. Les murailles disjointes laissent écouler une sorte d'humidité purulente. Les conduits suintent. Les eaux ménagères forment des mares putrides dans les cours.

Il est telle cage de poutres lépreuses et de plâtras infects où l'on ne voudrait pas compromettre la santé d'une ménagerie. En comparaison de ces affreuses demeures, les hôpitaux sont des résidences de rois.