—Comme je lui parlais, un homme à museau de fouine, est entré dans sa boutique. Il est aussi maigre que Gorju est gras, mais il est encore plus laid. Il m'a regardé avec des yeux qui m'ont fait froid dans le dos. À eux deux, ils doivent comploter de mauvais coups.

—En effet, monsieur Robiquet, dit Fossette, vous avez l'air tout drôle. À moins que ce ne soit ce beau chapeau neuf qui vous donne cette singulière physionomie.»

Le chapeau de Robiquet, trop grand pour sa tête, lui cachait les sourcils.

«Si vous m'aimez, monsieur Robiquet, dit encore Fossette, vous ôterez ce chapeau, car vous me feriez croire que Gorju vous a enlevé la peau de la tête, comme un sauvage qu'il est, et j'en aurais cette nuit des cauchemars.»

Robiquet posa son chapeau.

«Qu'est-ce qu'il a donc, ce chapeau? n'est-il pas à la dernière mode, et retapé dans le meilleur goût? On nous paye si peu, comme tournuriers-retapeurs, que je veux au moins avoir l'étrenne des chapeaux que je bichonne. Si cela les fane un peu, tant pis pour le fabricant! il gagne assez, lui, en revendant un vieux chapeau tout retapé sept, huit, jusqu'à dix francs. Et pour l'ouvrière en casquettes, c'est encore pis. Elle est payée à raison de un franc cinquante centimes la douzaine pour poser les doublures et les visières. On parle de se mettre en grève; mais moi, ça ne me va pas, la grève. On s'expose à mourir de faim, et, le plus souvent, c'est tout ce qu'on y gagne.

—Tiens, à propos, dit Fossette, si toutes les femmes se mettaient en grève et refusaient de se marier jusqu'à ce que les hommes leur fissent de meilleures conditions!

—Il y aurait toujours, fit observer Claudine, les vieilles et les laides qui profiteraient de la grève pour trouver des maris.

—Et puis les femmes sont trop bêtes, reprit Fossette. Elles ont si bien l'habitude d'être exploitées, qu'elles ne s'en aperçoivent seulement pas.

—Ce n'est pas vous, du moins, mademoiselle Fossette, qui vous laisseriez exploiter, remarqua Robiquet.