Madeleine était très-pure et par cela même très-audacieuse. Mlle Borel lui avait appris d'ailleurs à ne pas se préoccuper des convenances lorsqu'elles gênaient la liberté sans profit pour la morale.
«Je vous remercie, mademoiselle, de cette preuve d'estime, dit Albert un peu troublé.
—En effet, je suis triste, reprit Madeleine. Je viens d'assister à une scène si pénible et si émouvante, que vraiment j'ai besoin pour me remettre de grand air et de distraction.»
Elle conta avec un accent pénétré et plein de chaleur l'histoire de Christine Ferrandès et de la pauvre phtisique qu'on avait arrêtée parce qu'elle mendiait.
«Et vous les croyez en tous points dignes d'intérêt? demanda Albert.
—Je ne les connais pas; mais quelle que soit leur conduite, des femmes aussi malheureuses sont toujours dignes d'intérêt. L'inconduite en pareil cas est la conséquence de la misère.
—Vous avez raison, mademoiselle; et quoique je partage entièrement l'avis de Mlle Borel au sujet de l'aumône, cependant, en face de tels malheurs, comment rester impassible dans ce système et ne pas les secourir! Je ferai donc ce que vous voudrez bien me dicter.
—Merci pour elles, dit Madeleine.
—En ma qualité d'Allemand, je suis un vrai songe-creux. Je crois à la métempsycose. J'ai dû être femme dans une précédente existence, et j'ai dû souffrir beaucoup; car je ressens les souffrances des femmes comme si je les avais éprouvées.»
Madeleine sourit.