«Ces réminiscences ne seraient-elles pas plutôt l'effet de l'imagination que celui du souvenir?

—Peut-être avez-vous raison. Mais c'est là un sujet bien triste. Vous restez ici pour vous distraire et je vous entretiens de pensées douloureuses. La nature pourtant est si gaie! Comme ce jour est pur et ce coucher de soleil resplendissant! L'air est embaumé et il enveloppe comme une caresse. On voudrait, n'est-il pas vrai? s'enfuir au fond des bois, on se baigner dans la rosée des prés. On éprouve le besoin de chanter comme les oiseaux ou encore de faire des vers pour décrire toutes ces ivresses, toutes ces splendeurs.

—Vous faites des vers? interrogea Madeleine.

—Oui, répondit le jeune homme en rougissant. Mais c'est un secret; car je ne veux les montrer à personne. Je les trouve bien beaux mes vers, cependant; mais il me semble qu'aussitôt que je les aurai lus, ils me paraîtront affreux. Et puis maintenant, qui s'intéresse à la poésie?

—Moi, dit Madeleine.

—Vous? Ah! quel bonheur! s'écria Albert avec une naïveté toute germanique. Et vous aussi, vous écrivez en vers?

—Hélas! j'ai aussi ce défaut!» fit-elle en riant.

Et puis tout à coup elle devint grave; son œil inspiré s'arrêta fixe et profond sur le ciel bleu. Elle soupira; car la poésie était maintenant tout son espoir.

«Je vais peut-être vous faire une proposition indiscrète, reprit Albert; mais alors regardez-la comme non avenue. Si vous voulez me lire vos vers, je vous lirai les miens.

—J'y consens, répondit Madeleine en souriant. Puisque nous voilà confrères en littérature, nous nous critiquerons mutuellement. D'abord je serai franche, je vous en préviens. Tant pis si vos vers sont mauvais ou si vous avez de l'amour-propre. Toutefois il faudrait me promettre la même sincérité.