—Est-ce mon congé que vous me signifiez?

—Non, ne voyez exactement dans mes paroles que ce qu'elles disent; n'y cherchez aucune arrière-pensée. Avec vous, je suis d'une simplicité antique. Je joue toujours cartes sur table. Je n'ai, certes, aucune raison pour vous ménager, puisque je viens d'apprendre que vous m'avez trompée pour une ouvrière. Vous voyez que je suis bien informée, et que j'y mets de la mansuétude. Je vous pardonne, car on la dit très-jolie. Ah! si vous m'aviez fait une infidélité pour une beauté médiocre, je me montrerais plus sévère!

—Vous me voyez stupéfait de cette accusation! exclama Lionel qui simula fort bien la surprise. Mais je m'explique l'erreur où votre espion sera tombé. Ne m'avez-vous pas ordonné d'envoyer chez votre couturière la petite blonde que vous avez rencontrée, il y a quinze jours, sortant de chez Mme Daubré? Eh bien! j'ai à peu près réussi dans ma négociation. Elle se présentera demain chez Mme Thomassin. Je vous apporte une autre nouvelle qui vous fera également plaisir: j'ai découvert la maîtresse de Barnolf. Me reprocherez-vous encore de manquer de zèle?

—La maîtresse de Barnolf! s'écria Lucrèce qui s'était soulevée sur son coude pour écouter plus attentivement Lionel. Son nom? où demeure-t-elle?»

M. de Lomas lui raconta tout ce qu'il savait de Fossette.

«Et vous dites, demanda Mme de Courcy, qu'elle désire entrer aussi chez Mme Thomassin?

—Non, pas elle; je ne lui ai pas parlé; mais Geneviève, très-probablement, la déciderait. Seulement, avec son amour et ce caractère original, peut-être refuserait-elle toute dépendance.

—Elle gagne, dites-vous?...

—Vingt-cinq sous par jour.

—Oh! alors elle ne refusera pas. Mme Thomassin lui donnera deux francs, quand je devrais même payer de ma bourse. Je veux la voir, lui parler, je jugerai alors de quelle manière me venger de ce Barnolf, qui, avant-hier encore, appelait mon salon un «infâme tripot.»