—Euh! euh! fit M. Daubré, voilà des maximes qui mèneraient loin!

—Moi, avec mes nerfs, dit Mme Daubré, je ne puis songer à ces choses-là. Comme on ne saurait y remédier, le mieux est d'y penser le moins possible.

—Mais ma sœur y remédie, repartit M. Borel avec raillerie. L'augmentation des salaires est au bout de ses tirades. De nos capitaux engagés, de nos risques, elle ne tient aucun compte.

—L'augmentation des salaires est un moyen insuffisant, répliqua Mlle Borel.

—Alors, voyons ta panacée.

—Je n'en ai pas. Je crois seulement qu'il est très utile de poser ces formidables problèmes, et d'appeler sur eux, dans l'intérêt de la classe riche, l'attention des législateurs. Je crois aussi au progrès de toute science; je crois qu'après des tâtonnements nécessaires, on trouvera cette panacée, et qu'on arrivera à régler, d'une manière plus équitable, les conditions du travail. Au siècle dernier, le Contrat social de Jean-Jacques était une théorie audacieuse. Quel est aujourd'hui l'homme de bon sens qui croie au droit divin? Il viendra un temps, qui n'est pas éloigné, sans doute, où l'on reconnaîtra à tout homme et à toute femme son droit à une existence proportionnelle à ses besoins et en rapport avec ses facultés.»

Madeleine et le jeune Daubré écoutaient Mlle Borel avec admiration, tandis qu'un sourire ironique effleurait les lèvres des autres auditeurs.

«Eh bien! mademoiselle, dit tout bas Lionel à Madeleine, auriez-vous envie de devenir aussi économiste et bas-bleu? Ce serait dommage. Vous êtes si jolie et vous brodez si bien!»

Madeleine rougit et reprit sa broderie.

Béatrix observait le jeu de Lionel, et Lionel remarqua l'inquiétude de Béatrix.